Daniel Mueller

Dans la série photographique “Zoological Mystery Tour”, la nature se fige pour faire surgir les contradictions du réel. L’espace muséal prend la forme d’un artifice au sein duquel la nature, ainsi exposée, se donne à voir fragmentée. Daniel Mueller suggère par le détail le caractère illusoire et parfois anachronique du muséum qui, au travers de procédés étonnants, s’évertue à mettre la nature en boîte. En réponse, il se joue des effets de la muséification et propose à son tour de mettre en boîte l’espace muséal.

L’artiste investit l’espace du musée d’histoire naturelle pour le raconter autrement, et rendre compte d’une réalité transgressée. Au fil des cimaises, les dispositifs de mise en scène du réel trahissent le caractère paradoxal du musée qui prétend reconstituer une nature authentique. L’artiste raconte ainsi cette ambiguïté et la révèle par l’image. Fragment d’une réalité artificielle, les spécimens naturels se réduisent alors pour ne signifier plus qu’un détail, et surgissent au cœur de décors factices où le dispositif muséal introduit un rapport parfois étrange entre l’espace et l’objet.

Dans le travail de Daniel Mueller, l’objet traité subit une double réduction ; image d’une image, il devient le fragment d’un fragment. Par ce procédé de mise en abyme, l’artiste évoque l’irréductible ambivalence de l’image, tout comme il souligne le caractère insaisissable de la nature au prisme d’un mouvement perpétuel. Ici, l’artiste renforce ce paradoxe par le recours à un procédé photographique archaïque : en réalisant ces photographies à la chambre, il interroge les effets de temporalité en confrontant le caractère figé des images à une nature indéfiniment mouvante. La lenteur de la prise de vue suggère également l’aspect contemplatif du musée et, par ce biais, transpose le rôle du chercheur/scientifique qui observe la nature in situ sur un temps long.

- Mylène Steity, historienne de l’art Daniel Mueller est photographe et opérateur culturel. Il entame sa carrière comme journaliste culturel avant de se tourner vers la photographie éditoriale et commerciale qu’il pratique en indépendant. Il dirige ensuite le PhotoforumPasquArt (Bienne), lieu d’exposition pour la photographie contemporaine. Il reprend son activité de photographe dès 2015 et déploie son travail personnel autour de plusieurs thématiques (corps, territoire, patrimoine) tout en questionnant la nature de l’image. Basé à Bienne (Be), Daniel Mueller est diplômé de la section beaux-arts de l’ICP (New York).